Kintsugi

Le kintsugi, « jointure en or », est une méthode japonaise de réparation de porcelaines ou de céramiques brisées au moyen de laque saupoudrée de poudre d'or (source Wikipédia).

Je me suis inspirée de cet art ancestral pour évoquer le Canal du Midi et plus particulièrement ses platanes. En effet, le kintsugi s'applique aux objets, mais il peut être une métaphore de toute survivance à une blessure, une agression. La voûte arborée du canal du Midi est affectée par la maladie du chancre coloré, des centaines d'arbres sont coupés. J'ai représenté ces « blessures » dans ma peinture par l'absence de motif dans certaines zones. Laissés blancs, ces « morceaux de paysage » restent à inventer...

 Il y a aussi derrière le kintsugi un message d’espoir : les brisures, loin de défigurer l'objet, vont magnifier ce dernier. Une fois recollées, elles seront enduites d'or et apporteront une autre dimension esthétique à l'objet, qui deviendra unique, et n'en aura que plus de valeur.

C'est ce message que je souhaite transmettre au travers de cette série. Les « manques » dans les motifs des platanes sont en partie complétés, recréés à la feuille d'or 22 carats. L'application de cette dernière est très délicate, presque méditative. Les copeaux d'or sont d'une légèreté infinie comme des feuilles dans le vent. De cette manière, les brisures dans le paysage, loin d'être cachées, sont mises en valeur par l'or. L'imperfection des motifs crée l'équilibre dans la peinture, comme l'alternance des vides et des pleins, du lisse et du rugueux, du mat et du brillant... Chaque pièce de cette série est unique.

La matière est parfois apportée par les pigments à base de pierres véritables comme l'améthyste, la sodalite ou encore la zoisite et le pigment noir naturel. Le végétal, le minéral, l'eau et le métal fusionnent pour rétablir un équilibre onirique.

Comme dans le kintsugi, le Canal du Midi sera différent après le chancre coloré, mais il n'en sera pas moins beau et précieux, c'est cette résilience que j'ai voulu évoquer.